Après la spéculation, la hausse prend forme

La tendance est à la hausse des taux dans le monde de l’hypothèque. Les taux fixes ont augmenté ces derniers jours en réaction à la hausse des taux obligataires. Quant aux taux variables, la décision de la Banque du Canada sur le taux directeur prévue dans une semaine pourrait causer une hausse de 25 points de base. Que faire ?
Depuis le début d’octobre, les grandes banques ont augmenté les taux de leurs produits à taux fixes à la suite des rendements élevés de l’obligation cinq ans du gouvernement du Canada. Par exemple, la TD a augmenté le 8 octobre son taux fixe d’un an de 20 points de base, à 5,69 %.
Les taux hypothécaires sont étroitement liés aux taux obligataires, en hausse depuis l’été dernier : les banques se financent sur le marché des obligations. Une augmentation de leur taux d’emprunt les pousse donc à augmenter les taux offerts aux consommateurs en retour.
« L’anticipation d’une inflation qui resterait élevée longtemps est un facteur important de la hausse des taux obligataires observée depuis août », explique Robert McLister, chroniqueur sur l’hypothèque au Financial Post.
« La situation commerciale avec les États-Unis, les conflits géopolitiques au Moyen-Orient et les pressions engendrées sur le coût du pétrole viennent aussi se refléter dans les taux obligataires », ajoute Maëlle Boulais-Préseault, économiste senior chez Desjardins.
Un autre facteur est le niveau élevé de dette des gouvernements canadiens et américains. Les marchés obligataires canadiens et américains sont fortement liés.
Plus une entité a de dettes, plus les prêteurs voudront un taux élevé, étant donné le risque. Un fort endettement du gouvernement a donc comme impact une augmentation des taux obligataires, explique Mme Boulais-Préseault.
Les experts divisés
La Banque du Canada est restée prudente jusqu’ici en conservant le taux directeur à 2,25 %. Les économistes de Desjardins et de la Banque Royale du Canada croient qu’elle procédera à une première hausse de 25 points de base le 28 octobre.
Les taux hypothécaires variables augmenteraient aussi, étant directement liés au taux directeur. Les derniers chiffres sur l’inflation et les commentaires de Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, sont ce qui porte l’économiste en chef adjoint à la Banque Royale du Canada, Nathan Janzen, à croire à l’augmentation imminente. L’inflation se chiffre maintenant à 3,1 % au Canada, au-dessus de l’objectif de 2 % de la Banque du Canada. M. Macklem a déclaré en conférence de presse le 17 octobre que la Banque s’inquiétait de l’inflation et était prête à agir.
D’un autre côté, la Banque du Canada a limité les hausses pour éviter de ralentir davantage la croissance économique faible du Canada. Des ménages sont en situation financière vulnérable et seraient fragilisés par une hausse des taux. Ça pourrait freiner la Banque du Canada, souligne Hélène Bégin, économiste experte à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec.
De plus, le Canada assiste à un ralentissement de la hausse du coût des logements. « La composante logement, principale composante du panier de consommation, agit comme un bouclier inflationniste majeur au Canada. Son impact sur l’inflation est plus important que celui du coût de l’énergie », ajoute-t-elle. La pression inflationniste ne serait donc peut-être pas aussi importante que ce que les marchés suggèrent, et la Banque du Canada pourrait attendre avant d’agir.
Comment se protéger contre cette hausse des taux ?
Un prêt à taux variable avec paiements fixes est une option envisageable pour les gens qui s’apprêtent à obtenir ou à renouveler un prêt hypothécaire, et ont une certaine tolérance au risque.
« Une hypothèque à taux fixe cinq ans a actuellement un taux d’intérêt d’environ 4,70 %, et le taux variable se situe autour de 3,65 %. Il faudrait quatre hausses consécutives de la Banque du Canada pour que le taux fixe soit plus avantageux », explique Christian George, courtier hypothécaire chez C3 hypothèques.
Le meilleur choix de produit hypothécaire dépend toutefois de la tolérance du consommateur au risque.
Christophe Tremblay, courtier hypothécaire au cabinet Momentum, souligne que les options à taux fixes sont généralement un peu plus coûteuses, mais offrent une assurance. Ces produits conviendraient mieux à ceux qui tolèrent moins l’incertitude. Un taux fixe sur trois ans plutôt que cinq est un bon compromis.
Le remboursement de capital par anticipation est une bonne façon de limiter l’impact de la hausse des taux, pour ceux qui en ont la capacité financière, ajoute M. George.
Un horizon temporel incertain
Heureusement, cette hausse des taux hypothécaires fixes pourrait ne pas être durable. « On s’attend à une légère baisse en deuxième moitié de 2027 pour les taux obligataires, au fur et à mesure que l’incertitude se dissipe et que le prix du pétrole redescende », dit Mme Boulais-Préseault.
La tendance est à la hausse des taux dans le monde de l’hypothèque. Les taux fixes ont augmenté ces derniers jours en réaction à la hausse des taux obligataires.
